La nuit fut bonne, mais à nouveau courte… Aujourd’hui, nous avons devant nous la plus longue étape de notre voyage : environ 450 km… Et au rythme auquel nous avons roulé hier, on n’est pas encore rendu… Donc petit-déjeuner rapide, mais copieux, alors qu’il fait presqu’encore nuit et déjà nous quittons notre magnifique lodge.

J’avais prévu de remonter vers le Nord jusqu’à Hoachanas, pour reprendre la C15 pour repiquer vers le Sud. C’était surtout parce que je ne pensais pas que la D1268 était aussi carrossable. Comme de toute façon nous avons besoin de faire le plein pour assurer l’étape d’aujourd’hui, nous prenons directement vers le Sud à la sortie de la réserve pour rejoindre Mariental, par cette fameuse D1268 donc. Mariental est une petite ville, tout en longueur, qui grouille de monde dans la rue principale.
Nous trouvons de quoi remplir le réservoir et décidons de passer au bancomat pour assurer aussi un peu de cash pour l’essence. On fait la queue derrière 2, 3 personnes quand je remarque un gars pas très à son affaire, mais surtout très attentif à nos petites personnes. L’attente se prolonge un petit peu, trop à mon goût, et le gars à l’air louche et patibulaire se rapproche gentiment mais sûrement… Je prends Chantal par le bras et nous rejoignons notre voiture : aucune idée s’il était vraiment « dangereux » mais je n’avais pas envie de tester son honnêteté.
Des trois semaines de voyage, il y aura lui et un clodo alcoolisé et un peu collant à Keetmanshoop qui nous aurons fait nous éloigner. Sinon, jamais nous n’avons vraiment ressenti de véritables danger. En même temps, nous n’avons pratiquement fréquenté aucune zone très peuplée.
Bon, on prendra de l’argent à Keetmanshoop ce soir ou demain matin, on a assez pour voir venir et nous ne devrons refaire le plein que là-bas. On quitte Mariental par la fausse route, on rebrousse chemin, on rentre à nouveau dans Mariental et on trouve enfin la M29 qui nous mènera à Gochas. C’est pas tout d’avoir un GPS, encore faut-il l’écouter…
Pendant un long moment sur cette piste, pas grand chose à se mettre sous la dent. Les paysages sont plats et monotones, la piste gravier demande un peu d’attention parce que pas excellente. On voit l’entrée de quelques lodges et de réserves privées. À quoi voit-on que ce sont des réserves ? Les routes et les pistes de la Namibie sont toutes, pratiquement sans exception, bordées de barrières consistant en des piquets plantés dans le sol et reliés par des fils de fer. Elles sont hautes d’environ un mètre, un mètre vingt. Mais lorsqu’il s’agit d’une réserve d’animaux sauvages, la barrière est en tout cas doublée en hauteur. Donc on finit vite par se rendre compte que si la barrière est basse, il y a peu de chance de voir des animaux, et si la barrière est haute, il vaut peut-être la peine d’être attentif…
Justement nous longeons des barrières hautes et passons devant un portail qui permet de pénétrer dans la réserve. Chantal a lu un nom qui fait référence au rhinocéros et pense déjà que nous les verrons sur le bord de route, la naïve… Je lui fais remarquer que moi aussi, si je voulais attirer le client, j’utiliserai des noms porteurs comme rhinocéros, girafe ou encore lion. Pas besoin d’avoir fait une grande école de marketing pour y penser. Ceci ne signifiant nullement que des grosses bêbêtes se trouvent dans le parc… Parfois je devrais apprendre à me taire…
Par acquis de conscience et par réflexe de bon bushman (et oui je sais rester modeste…), je scrute l’intérieur du parc et je remarque bientôt de grosses crottes sur le sol… Cela ne peut vraiment pas être celles de springboks, ni d’oryx, c’est beaucoup trop gros… Même si nous ne sommes que débutants dans la traque d’animaux, nous savons que nous avons à faire à, soit des éléphants, soit des rhinos… En même temps, ce n’est pas parce que nous voyons des déjections que leurs propriétaires sont encore là…
Et puis, le miracle… Ce n’est pas un, mais deux rhinocéros qui broutent tranquillement a à peine 100, 150 mètres de nous… Deux magnifiques bêtes pratiquement à porter de main… OUAW… C’est clair que l’on s’arrête et que l’on se précipite pour faire des photos. Tant pis pour la moyenne horaire, même si on doit se mettre de nuit, nous profitons longtemps de ce moment magique… Après tout, on est là pour ça…





Le rhinocéros blanc a une mâchoire plate et rectangulaire, alors que celle du rhinocéros noir est plus « allongée », « pointue ». C’est la caractéristique la plus facile à retenir et à voir, pour différencier les deux animaux. Le blanc mange exclusivement, ou en tout cas principalement de l’herbe, alors que le noir, mange aussi des feuilles et des branches.



148 photos plus tard, sans compter celles de Chantal…, on se décide à quitter les deux monstres, avec regret tout de même… On accroche la C18 et nous filons en direction de Gochas. Au passage, on photographie notre premier vautour. Il y en avait en fait plusieurs dans le ciel, mais un seul a daigné se poser sur le sommet d’un arbre, malheureusement un peu éloigné, pour s’offrir à notre shooting.


La C18 a ceci d’intéressant qu’elle coupe perpendiculairement les dunes du Kalahari. Ces fameuses dunes de sable rouge, descendent du Nord vers le Sud, inclinées à une trentaine de degrés vers l’Est par rapport à l’axe de la Namibie. Elles sont relativement étroites, quelques dizaines de mètres, pour jusqu’à quelques dizaines de kilomètres en longueur. Entre chacune de ces dunes se trouve un « plateau » plus ou moins large et plus ou moins végétalisé. La piste suit les mouvements du terrain, la faisant ressembler à des montagnes russes. Après le désert plat et sans fin de la M29, enfin un peu d’animation. C’est juste magnifique…


Plus tard, nous tournons à droite sur la C15, juste avant Gochas, dont nous ne verrons pas la physionomie. Nous longeons à partir de là, le lit d’une rivière, totalement asséchée évidement, entre deux dunes. Sur notre droite, distancées de manière assez régulière les unes des autres, se trouvent des fermes. De l’autre côté, se trouve souvent des troupeaux de quelques vaches, chèvres ou moutons. Ce n’est pas là que nous verrons des paysans prospères. Parfois, les quelques arbres bas qui tiennent encore debout sont brûlés. Nous constaterons qu’il y a dans cette vallée, des gens qui produisent, de manière très artisanale mais intensive, du charbon de bois. Il y a bien des chances pour qu’il n’y ait plus d’arbre dans cette vallée, dans peu de temps…


Nous suivons cette vallée sur une centaine de kilomètres, avant de tourner sur la C17 qui va nous amener à Keetmanshoop. Nous sommes à ce moment-là à 70 kilomètres à vol d’oiseau du Botswana…
Depuis le moment où nous avons attrapé la C17, nous retraversons perpendiculairement les dunes. Nous nous amusons à compter le nombre de bosses que nous franchissons et arrivons à 50… 50 dunes c’est un tout petit nombre, par rapport à ce désert qui s’étend vers le Botswana et que nous laissons derrière nous. Une fois sortis de ces dunes, le paysage devient plus monotone et la fatigue aidant, le trajet nous paraît interminable. Nous avons encore tout de même environ 140 kilomètres à faire…




20 à 30 kilomètres avant Keetmanshoop, nous voyons les premiers arbres à carquois, les fameux Kokerboom ou Aloe Dichotoma, l’arbre emblématique de la Namibie. Ils ont une drôle d’allure, éparpillés dans la plaine ou sur les montagnes de pierres empilées, pratiquement toujours solitaires. Ces arbres, ou plutôt leurs branches et leur écorce, servaient au peuple San pour se fabriquer des carquois à flèches. Il y a possibilité de faire la visite de la forêt de Kokerboom ainsi que de la Giant’s Playground. Il n’y a pas à proprement parlé une forêt au sens où nous le concevons : c’est un parc dans lequel se trouvent beaucoup de ces arbres, mais cela ne fait pas une forêt touffue comme les nôtres. Quand au Playground, c’est une sorte de tas de cailloux amoncelés les uns sur les autres, plus ou moins ronds, qu’on diraient entassés par la main de l’homme. Sauf que c’est la nature qui a fait cela. Les deux sites semblaient fermés à notre passage, il faut dire que l’après-midi touchait gentiment à sa fin. Nous nous sommes arrêtés pour faire des photos depuis le bord de la route. C’est en soi suffisant, pas besoin d’y revenir le lendemain.







Allez courage, nous faisons les derniers kilomètres fourbus mais les yeux remplis de magnifiques images. À part les deux rhinos, nous n’avons pas vu beaucoup d’animaux aujourd’hui, mais bon… on va surtout pas faire la fine bouche.


Nous dormons à Keetmanshoop cette nuit, à l’hôtel Central Lodge. J’ai cru que c’était une auberge de jeunesse en arrivant… C’est pas tout à fait le niveau du lodge de la nuit passée, mais bon, on y est que pour dormir une nuit, cela fera l’affaire. Le restaurant semble avoir une bonne réputation dans la ville, ou est-ce le seul ?, il y a des autochtones qui viennent y manger. Il y a une partie consacrée à la dégustation de Sushi… hem, comment dirais-je ? Déjà que l’on n’en mange pas en Suisse, mais alors là, il faut être un peu suicidaire, non ? En tout cas, nous ne verrons personne se risquer, ni touristes, ni locaux. On se fera un steak d’oryx, délicieux, et hop au lit…
LES POINTS FORTS DU JOUR
Nos deux premiers rhinocéros évidement, mais aussi la traversée d’une partie du Kalahari. Ces dunes rouges qui coupent le paysage sont absolument splendides. Nous n’oublions pas non plus, nos premiers arbres à carquois, qui sont vraiment remarquables.
LES POINTS FAIBLES DU JOUR
En préparant le voyage et en décidant de voir le Kalahari, nous savions que l’étape serait longue, et elle l’a été. C’est surtout à la fin, une fois la dernière dune du désert franchie que nous avons trouvé le temps long. Mais aucun regret, il aurait été vraiment dommage de ne pas voir le Kalahari de près.
LA CARTE DE L’ITINÉRAIRE

LES DISTANCES
23 km de routes asphaltées
450 km de pistes
473 km de trajet total
9 heures 30 de trajet
49 km / heure de moyenne

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