L’Italie
Nous avons décidé de coupler notre balade dans les Grisons avec un petit détour vers le lac de Garde en Italie. C’est, paraît-il, une très belle région et nous avions anticipé sur un éventuel mauvais temps dans les montagnes grisonnes et un possible nécessaire réconfort « balnéaire » au sud des Alpes. Cela n’aurait finalement pas été vraiment indispensable, vu le temps magnifique que nous avons eu jusque-là, mais pas grave, un peu « d’exotisme » supplémentaire nous va aussi très bien.
Au plus court et par les grandes routes, Scuol – Limone Sul Garda (notre destination finale) c’est 300 kilomètres, entre 4 et 5 heures de route. Mais entre les deux, et par les chemins de traverses, se trouvent quelques cols, dont le fameux col du Stelvio, célèbre chez les cyclistes et les motards pour les serpentins qu’il dessine dans la montagne.
Impossible de passer par les grandes routes et les autoroutes et de laisser de côté un mythe pareil…
Nous remontons donc la vallée vers le Nord-Est, traversons la frontière suisso-autrichienne à Martina et piquons vers le Sud pour rejoindre l’Italie. Nous longeons le lac de Résia et remarquons soudain un clocher « planté » au bord du lac, non pardon, « planté » dans le lac… Interloqué, nous nous arrêtons pour la photo et pour comprendre. En fait, la construction d’un barrage en 1950 a réuni deux petits lacs pour n’en former qu’un grand, mais a en même temps englouti le village de Graun. Il ne reste visible du village que ce clocher. Il semblerait que le site soit très fréquenté par les plongeurs ; je ne sais pas s’il est possible de « visiter » les maisons…

On ne s’attarde pas vraiment, la photo est rigolote, le bord du lac charmant, mais on n’est pas là pour ça 🙂
Direction le Stelvio. Quelques jours avant nous, une connaissance l’a fait, à vélo lui…, en 2 heures et demies. Environ 35 kilomètres depuis le village de Prato al Stelvio et donc environ 15 kilomètres heures de moyenne, à vélo, c’est pas non plus le record du monde, non ? En fait, il faut faire la montée, même en voiture, pour vraiment se rendre compte. Aucune idée finalement si son temps est bon ou non, mais chapeau bas monsieur et aussi à tous ceux qui se tapent la montée : vous êtes tous complètement malades, même pas en rêve je ne le ferais.
Dans la montée nous nous trouvons en face de glaciers gigantesques, le paysage est à nouveau époustouflant. On trouve un petit bord de route ici est là, pour s’arrêter faire les photos, c’est pas facile, la route est par endroit très étroite. En plus, malheureusement, on est un peu à contre-jour.



Et puis, gentiment, nous arrivons vers le haut et la partie finale, les lacets nous apparaissent. Franchement, si j’étais à vélo à ce moment-là, avec déjà grosso modo une trentaine de kilomètres de montée (sans parler du trajet d’approche éventuel), et que je vois ce serpentin, je crois vraiment que je perce les deux boyaux de mes roues, arrache chaque rayon un à un et balance la carcasse en bas une falaise pour être vraiment sûr que personne ne puisse me pousser à continuer… Et bien toutes les femmes, il y en a, et tous les hommes sur leur bicyclette, continuent vaillamment, parfois en soufflant et en pestant, mais continuent malgré tout à grimper… Qu’est-ce que je suis content de ne pas avoir choisi vélo dans mes options sportives.

On s’arrête au pied du final pour faire des photos depuis le bas, puis montons courageusement, bien sûr en pestant sur ces cyclistes qui n’avancent pas et qui nous ralentissent… Parfois, il y a moyen de s’arrêter en bord de route pour la photo : on en profite évidement…





Le sommet du col est noir de monde, on se croirait à la place de la Palud à Lausanne un samedi de marché. Des cyclistes bien sûr, des motards et des automobilistes. Il y a les solitaires, les groupes, les héros sportifs, leurs accompagnants ravitailleurs-journalistes-photographes. Certains se réconfortent à grand coup de saucisses et parfois de bière. Il y a les marchands du temple qui vendent des rustines et de la graisse à chaîne pour les pépins mécaniques et toutes sortes de souvenirs allant du maillot aux cannes de montagnards… C’est un joli bordel super animé…
Nous parquons la voiture sur le parking d’un restaurant et allons surplomber les lacets. Le spectacle est prenant et magnifique. Il y a tellement de monde, qu’il faut presque jouer des coudes pour atteindre un point de vue correct. Dans les yeux et l’attitude de ceux qui ont fait la montée autrement qu’avec un moteur, se voit la fierté et la joie du travail bien fait. Certains courent encourager pour les derniers mètres le copain ou la copine qui semble sur le point de tomber. Beaucoup se congratulent, heureux de partager un tel moment entre passionnés. C’est sympa à voir.

Et puis, il y a, peut-être intéressé par le spectacle, un oiseau qui plane devant-nous à quelques mètres de nos yeux. Un peu en contre-jour et trop loin pour que je puisse vraiment faire une photo précise avec mon grand angle, mais je crois que nous avons à faire à un gypaète barbu… C’est peut-être la frustration de ne pas en avoir vu dans le Parc National suisse qui me fait halluciner… Je veux en avoir le cœur net et part chercher mon super zoom vers la voiture. 4 minutes 48 secondes plus tard, je suis de retour et lui parti vers d’autres cieux plus calmes sans doute. Caramba encore raté…

Tant pis, je resterai dans l’incertitude, mais pourrai affirmer haut et fort que j’ai vu un gypaète une fois dans ma vie et presque assez près pour le toucher. Hi, hi, hi, qui pourra me contredire…
C’est pas tout ça, mais il faut penser à continuer, notre route est encore longue et sinueuse. Nous partons donc dans la descente sud qui, dans un premier temps, est moins impressionnante que le côté nord. Ce sera finalement une très belle route aussi.
Assez vite, nous voyons une portion de la vielle route, abandonnée, et pensons que cela fera peut-être une belle photo. On s’arrête en bord de route sur un « parking » sauvage et rempli de cailloux bien pointu. Nous faisons quelques photos, mais la route est vraiment en très mauvais état et cela est un peu moins joli que prévu.


Je suis en train de ranger mon matos dans la voiture et, en me retournant et en regardant la face de la montagne de l’autre côté de la route, j’aperçois du mouvement dans la rocaille. Houlà, pas si vite petit bonhomme, mon instinct de chasseur tout nouvellement développé me dit qu’il y a de la bête là au-dessus. Je sors le mega zoom et le monte sur le boîtier, il faut quand même qu’il serve au moins une fois. C’est loin et donc c’est difficile à stabiliser, mais il me faut me rendre à l’évidence : ce sont des animaux qui broutent tranquillement le peu d’herbe disponible. C’est trop difficile de le faire à mainlevée, du coup je sors le trépied. Je shoote quelques photos et en les agrandissant miracle, alléluia : ce sont des bouquetins.





Je shoote, je shoote à n’en plus finir (c’est bien le numérique…) et je m’éclate, c’est la totale. Un poil loin, mais la totale. Pendant ce temps, Chantal sort les jumelles et les regarde aussi, quand soudain elle remarque un mouvement, tout en haut de la montagne sur la crête. Elle fixe ses jumelles sur ce point et, encore un miracle, c’est encore un bouquetin qui se découpe dans le ciel bleu. Le temps qu’elle me le dise, et surtout le temps que je le trouve avec mon appareil, il s’est installé sur les rochers pour une petite séance de bronzette. OUAW, OUAW, OUAW, ça c’est le moment magique de chez magique. Nous avons touché le Grâal…


J’ouvre le coffre de la voiture, un break, je m’assois en posant le trépied devant moi afin de gagner en stabilité et je shoote à l’infini… Je suis comme un fou, j’ai les câbles qui se touchent…
Pendant tout ce temps, il y a du monde qui s’arrête autour de nous, des motards et des automobilistes, et certains regardent dans la direction vers laquelle je photographie. Les trois premiers bouquetins, visibles à l’œil nu, ont disparu, mais le quatrième trône toujours sur sa crête rocheuse, malheureusement quasi invisible à qui ne sait pas qu’il existe. Une hollandaise demande à Chantal ce que nous voyons et je lui propose de regarder sur mon écran. Aussi émerveillée que nous, elle sort son appareil et fait des photos. Un groupe d’une quinzaine de motards et motardes irlandais, se sont aussi arrêtés, mais pour un problème sur une moto. Pendant que deux-trois s’occupent de la panne, les autres admirent un peu le paysage et je les vois aussi très intrigués par mon attitude. Moi l’introverti et le mauvais en langue de Shakespeare, je vais vers eux, peut-être aussi parce que je suis un fou de l’Irlande et leur montre, à nouveau sur mon appareil ce qu’ils ne peuvent pas voir. Moment furtif de partage, mais je suis tellement heureux d’avoir vu cela que j’aimerais que le monde entier puisse en profiter. Nous finirons par leur donner de l’eau pour refroidir leur moto défectueuse et recevrons en échange… des Sugus, moi une Guinness m’aurait bien été…
Notre ami bouquetin du haut ne se décide pas à bouger, je ne vais quand même pas faire 500 fois la même photo, donc on lève le siège et partons tranquillement. Merci, merci et merci à la nature et à nos nouveaux amis bouquetins pour cet instant MAGIQUE…
La route qui serpente vers le Sud est un peu plus facile que côté nord, mais restons concentré, il ne faudrait pas gâcher une telle journée.

Nous passons par la célèbre station de ski de Bormio, celle qui accueille des épreuves coupe du monde de ski chaque année. On ne s’y arrête pas, mais filons droit vers notre hôtel la Tana del Orso, la Tanière de l’Ours, à Ponte di Legno. On se tape encore un bon col avant d’y arriver un peu fourbu par la journée. Nous profitons de la piscine chaude. Le lieu est magnifique, malheureusement, le souper sera un peu foiré par un service très, très approximatif et des côtelettes de cerf beaucoup, mais alors beaucoup trop cuite. Demain, on rejoint le lac de Garde.

