Le Parc National
Après les trains rhétiques, le Parc National était le deuxième but principal de notre venue dans Les Grisons. 170 km2 de nature laissée en totale liberté, sans intervention de l’homme, ou presque, le parc est le plus ancien de l’Arc Alpin et d’Europe centrale.
C’est en 1904 que la décision a été prise de créer une grande réserve naturelle en Suisse. Il faudra attendre le 1er août 1914 pour son inauguration. Paysage alpin par excellence, il se situe entre 1400 et 3174 mètres d’altitude. 51 % de la surface du parc est sans aucune couverture végétale. Une fois dépassé la limite des arbres, il y a encore de l’herbe, puis plus que des rochers. Ses forêts sont composées à 99.5 % de résineux, dont les fameux aroles, ce bois qui sent si bon lorsqu’il est transformé en meuble ou en lames de revêtement intérieur. Les autres résineux sont principalement des pins de montagne, des épicéas (sapins rouges) et des mélèzes.
Pour notre culture à tous et seulement pour ceux que cela intéresse : les aiguilles des pins sont regroupées en « épis » de deux aiguilles, alors que celles des aroles en « épis » de cinq aiguilles. Les aiguilles des épicéas sont beaucoup plus courtes que celles des pins ou des aroles et entourent toute la branche, alors que les aiguilles des sapins blancs (pas présents dans le parc) sont réparties sur la gauche et la droite des branches, à plat : le dessous de ces aiguilles est d’une couleur gris-verte, donnant un aspect blanchâtre à l’arbre, d’où sa désignation de sapin blanc. Et pour finir, les aiguilles des mélèzes sont réparties par touffes autour des branches. Elles sont aussi beaucoup plus courtes que celles des pins et autres aroles, et elles sont aussi beaucoup plus tendres que celles des ses trois colocataires. De plus, en automne, les mélèzes deviennent magnifiquement jaunes et finissent par perdre leurs aiguilles, ce qui n’est pas le cas des autres résineux de nos régions. Fin de la minute pédagogique…

Le camping et les feux sont totalement interdits dans le parc, mais 80 kilomètres de sentiers pédestres sont aménagés pour les quelques 150’000 visiteurs annuels. Le but du parc est de protéger la flore et la faune et d’observer le comportement de la nature laissée à elle-même à des fins scientifiques.
Le Parc National est réputé pour avoir énormément d’animaux, dont les plus charismatiques sont les cerfs et les biches, les chamois, les marmottes, les bouquetins et les aigles. Depuis 1991, des gypaètes barbus, de la famille des vautours, ont été réintroduits artificiellement par l’homme. Et depuis peu, des ours, des lynx et des loups ont aussi été aperçus sporadiquement, mais aucun d’eux ne semble s’être établi dans le parc. Autant dire que nous fondons de grand espoir sur le fait de pouvoir admirer des animaux dans leur milieu naturel.
Nous avons opté pour une boucle d’un peu plus de 7 kilomètres et 400 mètres de dénivelé positif. Ce n’est pas la fin du monde, mais c’est tout de même assez sportif pour nous…


Nous entrons dans le parc par Zernes et laissons la voiture sur le parking 8. Le début du chemin se fait dans la forêt et pratiquement à plat. Une fois sortis de cette forêt de résineux, nous passons à côté d’un groupe avec un guide qui observe avec des jumelles et des télescopes la montagne d’en face à la recherche d’animaux. Les voir aussi bien équipés me fait craindre que nous ne le soyons peut-être pas assez pour réellement être capable de profiter. Je regrette déjà de n’avoir pas pris mon téléobjectif, trop lourd à mon goût pour une randonnée de ce style. Je suis tout de même à l’affût en permanence : chaque mouvement, chaque ombre attire mon regard et me fait espérer un animal.
Et puis le premier petit miracle… quelques mètres après avoir dépassé le groupe, je vois une tache brun-clair, dans la prairie que nous longeons. Vite, vite, les jumelles, l’appareil photo équipé d’un objectif 250mm (pourquoi n’ai-je pas pris le 600…). Oui, oui, oui c’est une marmotte… On n’ose plus parler fort et plus bouger de peur de la faire fuir, mais finalement elle ne paraît pas être très inquiétée par nous.





Quelques centaines de mètres et déjà nos premiers animaux sauvages… Voilà qui augure le meilleur pour la suite, on croise les doigts…


Depuis les marmottes, les choses sérieuses commencent : on attaque la vrai montée. Et là, les 400 mètres de dénivelé on les sent très vite…

Mais bon, on est toujours à la recherche d’animaux et cela nous tire en avant. À part les marmottes c’est le néant. Rien, même pas des oiseaux et donc surtout pas de gypaète… Et soudain, je lève la tête…





Super, génial, c’est juste magnifique. Nous ne sommes pas des spécialistes, mais je pense que nous avons eu affaire à des biches et des faons. Les cerfs vont bientôt perdre leurs bois annuels, mais je pense qu’il est encore trop tôt. On est contents, contents, mais contents… Mais bon, c’est pas tout ça, il faut continuer à monter. On n’en a pas fini avec la montée.




On est resté un long moment sur le col, il y faisait bon. Et puis, on a scruté, à 360°, les sommets et les pentes herbeuses dans l’espoir d’y voir des chamois, ou encore plus espérés, des bouquetins. Mais non, rien à ce moment-là. Nous allons donc attaquer la descente.


On descend tranquillement, la pente est rude et le sentier par endroit glissant. En même temps, cela nous permet de garder les yeux ouverts, c’est le dernier moment : il y a peu de chance que nous voyons des animaux une fois de retour dans la forêt… Ou alors un ours peut-être…



Plus on descendait, plus on perdait espoir d’avoir encore une bonne surprise animalière, et puis, sur une crête, un chamois, puis un autre dans une paroi rocheuse… Youpee…





C’est sûrement un peu bête à lire, mais franchement, voir ces animaux, tranquilles, dans leur jus, moi cela m’a retourné. En plus ces chamois, apparus juste avant que nous finissions notre randonnée, c’est comme s’ils avaient voulu nous dire au revoir, à bientôt et merci. Merci à eux, il nous a apporté beaucoup de joie. Il faudra que l’on revienne.
On aimerait que ce moment ne finisse pas, mais il faut tout de même penser à rentrer. Nous disons au revoir à nos deux derniers copains et filons droit vers le bas de la vallée et vers la forêt. Nous sommes surpris de constater, plus ce côté que de l’autre côté, le nombre d’arbres morts et couchés. C’est là que l’on voit le travail effectué par les bûcherons, en plaine, dans les forêts « cultivées ».
Nous rejoignons la voiture et retournons vers Scuol, les bains thermaux devraient être bénéfiques à nos muscles endoloris.
